SUPPORT US

In The Media

Kenya: Nairobi veut expulser 344 000 réfugiés

pay Jean-Thomas Léveillé (avec Kyle Matthews)

La Presse
le 13 mai 2016

C'est le plus grand camp de réfugiés du monde. Dadaab, au Kenya, abrite quelque 344 000 personnes, essentiellement des Somaliens. Dont des terroristes shebab, selon Nairobi, qui a annoncé récemment son intention de fermer l'endroit et d'expulser ses habitants. Le tout d'ici un an. Quatre questions pour comprendre.

Pourquoi le Kenya veut-il fermer le camp de Dadaad ?

Nairobi affirme que le camp de Dadaab sert de « sanctuaire » aux miliciens islamistes somaliens shebab. C'est donc pour « des raisons de sécurité nationale mettant en jeu la sûreté des Kényans dans un contexte d'activités terroristes et criminelles » que le gouvernement du pays entend expulser les réfugiés du camp et fermer ses frontières à tout nouveau réfugié, a déclaré mercredi le ministre de l'Intérieur Joseph Nkaissery, qui espère voir les premiers réfugiés quitter le camp en novembre et achever sa fermeture en mai 2017. Le Kenya a déjà évoqué par le passé la fermeture du camp de Dadaab, mais il a cette fois pris des mesures concrètes, comme la création d'une unité chargée de l'organiser et le démantèlement de l'agence gouvernementale pour les réfugiés. Nairobi dit avoir débloqué 10 millions pour financer l'opération.

Le camp abrite-t-il réellement des terroristes ?

« Ce n'est pas impossible », estime le directeur de l'Observatoire canadien sur les crises et l'action humanitaire (OCCAH) de l'Université du Québec à Montréal, François Audet, qui souligne l'immensité du lieu. « Tout ce qui entre et sort est loin d'être contrôlé. » Il s'agit cependant, si c'est le cas, d'« un petit pourcentage », pense le directeur de l'Institut montréalais d'études sur le génocide et les droits de la personne de l'Université Concordia (MIGS), Kyle Matthews, qui rappelle que le gouvernement kényan n'a jamais apporté la preuve que les attentats meurtriers qu'il évoque, celui du centre commercial Westgate de Nairobi (2013, 67 morts) et celui de l'Université de Garissa (2015, 148 morts), avaient été fomentés dans le camp. Néanmoins, « le gouvernement kényan n'apprécie pas d'avoir autant de Somaliens sur son territoire », note Kyle Matthews, qui constate que les terroristes « n'ont pas beaucoup de difficulté à entrer dans le pays ».

Est-ce que d'autres facteurs motivent la décision de Nairobi ?

François Audet avance l'hypothèse que le Kenya puisse vouloir monnayer sa gestion des réfugiés somaliens et sud-soudanais en s'inspirant de l'entente récente entre l'Union européenne et la Turquie pour gérer le flux migratoire. Si le Kenya devait expulser ces réfugiés, « on peut imaginer que la moitié de ces gens-là monteraient vers l'Europe », estime le chercheur et ancien travailleur humanitaire. Il rappelle que les Somaliens et Sud-Soudanais « représentent moins de 4 % » des réfugiés qui affluent en Europe, « justement parce qu'ils sont dans les camps [kényans] ». Personne ne devrait vivre dans un camp, croit François Audet, mais il faudrait que la communauté internationale se mobilise pour accueillir davantage de réfugiés afin de leur permettre d'en sortir. « On est tous d'accord pour dire qu'il ne devrait pas y en avoir, de camps, et tant mieux si on peut les fermer, mais il ne faut pas les fermer n'importe comment », dit-il.

La décision du Kenya est-elle légale ?

Renvoyer les réfugiés dans leur pays d'origine ou dans des pays tiers, comme le gouvernement kényan projette de le faire, serait « une violation du droit humanitaire international », affirme François Audet, de l'OCCAH. Le ministère somalien des Affaires étrangères a pour sa part déclaré dans un communiqué qu'il s'agirait d'un « échec légal et moral de la part du Kenya », ajoutant qu'« expulser des réfugiés somaliens vulnérables au moment où la Somalie fait des progrès, reconnus par la communauté internationale, vers la stabilité et la mise en place d'institutions, ne fera qu'augmenter le risque d'insécurité dans la région ». Le Haut Commissariat pour les réfugiés des Nations unies a appelé le Kenya « à revoir sa décision », qu'il a qualifiée de « vivement préoccupante ». Les ministres canadiens des Affaires étrangères, Stéphane Dion, et du Développement international, Marie-Claude Bibeau, ont quant à eux déclaré par communiqué que « le Canada s'inquiète grandement de la décision du gouvernement du Kenya ».

- Avec l'Agence France-Presse

Le camp de Dadaab en bref

Le camp de Dadaab, qui est en réalité un ensemble de camps ceinturant la ville du même nom, à une soixantaine de kilomètres de la frontière somalienne, a accueilli ses premiers réfugiés en 1991, quand la Somalie a sombré dans une guerre civile dont elle n'est toujours pas sortie et à laquelle se sont ajoutées, en 2006, les exactions des milices shebab. L'immense majorité des réfugiés du camp de Dadaab est donc composée de Somaliens : 328 000 sur 344 000. On y trouve aussi des Éthiopiens et des Sud-Soudanais. En 2011, 20 ans après l'ouverture du camp, le Haut Commissariat pour les réfugiés des Nations unies estimait à 10 000 le nombre de réfugiés de « troisième génération », nés à Dadaab de parents eux-mêmes nés sur place.


Be the first to comment

Please check your e-mail for a link to activate your account.
SUBSCRIBE TO OUR NEWSLETTERS
 
UPCOMING EVENTS


No events are scheduled at this time.


SEARCH
EXPERTS IN THE MEDIA

Global Times: BRICS summit displays the potential of a new future

by Editorial Staff (feat. Swaran Singh), WSFA 12, June 24, 2022

Oil's Dive Won't Bring Any Immediate Relief on Inflation

by Alex Longley, Elizabeth low, and Barbara Powell (feat. Amrita Sen), BNNBloomberg, June 24, 2022

China To Tout Its Governance Model At BRICS Summit

by Liam Gibson (feat. Stephen Nagy), The Asean Post, June 23, 2022

Soutien aux victimes d’inconduites sexuelles dans l’armée

by Rude Dejardins (feat. Charlotte Duval-Lantoine), ICI Radio Canada, June 23, 2022

Defence: $4.9 billion for radars against Russian bombs

by Editorial Staff (feat. Rob Huebert), Archynews, June 23, 2022

The Hans Island “Peace” Agreement between Canada, Denmark, and Greenland

by Elin Hofverberg (feat. Natalie Loukavecha), Library of Congress, June 22, 2022

What the future holds for western Canadian oil producers

by Gabriel Friedman (feat. Kevin Birn), Beaumont News, June 22, 2022

At BRICS summit, China sets stage to tout its governance model

by Liam Gibson (feat. Stephen Nagy), Aljazeera, June 22, 2022

Crude oil price: there are no changes to the fundamentals

by Faith Maina (feat. Amrita Sen), Invezz, June 22, 2022

Few details as Liberals promise billions to upgrade North American defences

by Lee Berthiaume (feat. Andrea Charron), National Newswatch, June 20, 2022

Defence Minister Anita Anand to make announcement on continental defence

by Steven Chase (feat. Rob Huebert), The Globe and Mail, June 19, 2022

Table pancanadienne des politiques

by Alain Gravel (feat. Jean-Christophe Boucher), ICI Radio Canada, June 18, 2022

Russia Ukraine conflict

by Gloria Macarenko (feat. Colin Robertson), CBC Radio One, June 17, 2022

New privacy Bill to introduce rules for personal data, AI use

by Shaye Ganam (feat. Tom Keenan), 680 CHED, June 17, 2022


LATEST TWEETS

HEAD OFFICE
Canadian Global Affairs Institute
Suite 1800, 150–9th Avenue SW
Calgary, Alberta, Canada T2P 3H9

 

OTTAWA OFFICE
Canadian Global Affairs Institute
8 York Street, 2nd Floor
Ottawa, Ontario, Canada K1N 5S6

 

Phone: (613) 288-2529
Email: [email protected]
Web: cgai.ca

 

Making sense of our complex world.
Déchiffrer la complexité de notre monde.

 

© 2002-2022 Canadian Global Affairs Institute
Charitable Registration No. 87982 7913 RR0001

 


Sign in with Facebook | Sign in with Twitter | Sign in with Email