In The Media

Un fils d'Oussama ben Laden à la tête d'Al-Qaïda?

par Marc Thibodeau (avec Thomas Juneau)

La Presse
le 12 mai 2016

Est-ce qu'un fils d'Oussama ben Laden est appelé, cinq ans après la mort du fondateur d'Al-Qaïda aux mains d'un commando de SEAL américains, à prendre la tête de l'organisation terroriste ?

L'hypothèse, qui laisse nombre d'analystes sceptiques, refait surface après la diffusion il y a quelques jours sur l'internet d'un message audio attribué à Hamza ben Laden.

Le jeune homme plaide pour « l'unification des rangs des moudjahidin » en Syrie en relevant que la révolution dans le pays ouvre ultimement une voie « plus courte » vers la libération de Jérusalem.

« Il n'y a plus d'excuses pour ceux qui persistent à vouloir la division et les disputes, maintenant que le monde entier s'est mobilisé contre les musulmans », a dit Hamza ben Laden, dans un message rapporté par l'Agence France-Presse.

Ce n'est pas la première fois qu'Hamza ben Laden figure dans un message émanant d'Al-Qaïda.

En 2015, il avait appelé les musulmans de la planète à commettre des attaques terroristes en « loups solitaires » tout en invitant les groupes djihadistes à « s'unifier et à passer outre à leurs dissensions ».

En 2008, dans un message marquant le troisième anniversaire des attentats de Londres, il avait appelé les partisans d'Al-Qaïda à « accélérer la destruction de l'Amérique, de la Grande-Bretagne, de la France et du Danemark ». L'intervention lui avait valu d'être désigné comme le « prince héritier de la terreur » par un député conservateur anglais.

Séparé de son père en 2001

Fils de la femme saoudienne d'Oussama ben Laden, Khairiah Sabar, il aurait vécu un temps en Afghanistan avant d'être séparé de son père en 2001, l'année des attentats ayant frappé le World Trade Center.

Des documents divulgués par les services du renseignement américains, dont l'authenticité ne peut être vérifiée, suggèrent qu'il aurait ensuite été en résidence surveillée en Iran avec d'autres membres de sa famille pendant plusieurs années.

Ces mêmes documents suggèrent qu'il cherchait à rejoindre son père en avril 2011.

À la suite du raid mené un mois plus tard à Abbottabad dans le complexe où vivait Oussama ben Laden avec plusieurs femmes et enfants, Washington a affirmé que Hamza ben Laden avait été tué, avant de faire marche arrière à ce sujet. Ses allées et venues subséquentes et le lieu où il vivrait actuellement sont inconnus.

Scepticisme

L'auteur et historien britannique Michael Burleigh, dans les semaines suivant le raid américain, avait accueilli avec scepticisme l'hypothèse de voir le fils d'Oussama ben Laden propulsé à la tête d'Al-Qaïda.

« Il semble improbable que les durs à cuire extrémistes d'âge moyen qui réfléchissent à la succession de ben Laden accueilleraient avec enthousiasme une prise de contrôle de l'organisation par ce joli garçon qui n'a que son nom comme recommandation », écrivait-il alors en évoquant la désignation plus probable d'Ayman Al-Zawahiri, l'actuel leader de l'organisation terroriste.

Thomas Juneau, un spécialiste du Moyen-Orient rattaché à l'Université d'Ottawa, note qu'il est difficile de se faire une idée claire sur le rôle potentiel de Hamza ben Laden car on sait « assez peu » de choses à son sujet.

Même son âge semble poser problème. Alors que des médias lui donnent 23 ans, une des lettres révélées par les services du renseignement américains indique qu'il avait 22 ans en 2009 et aurait donc près de 28 ans aujourd'hui. Un autre site situe sa naissance en 1991, ce qui lui donnerait 25 ans...

Quoi qu'il en soit, il est « certainement exagéré de le voir comme chef potentiel d'Al-Qaïda à court ou moyen terme » puisque qu'il ne s'agit pas d'« une organisation héréditaire, mais bien une méritocratie » qui critique férocement des monarchies héréditaires comme celle de l'Arabie saoudite, affirme M. Juneau.

« Il faudrait qu'il fasse ses preuves pendant des années avant de pouvoir aspirer à des positions importantes », relève l'analyste, qui juge intéressant de constater que le nouveau message attribué à Hamza ben Laden recoupe le contenu d'une intervention d'Al-Zawahiri sur la situation en Syrie et la nécessité de favoriser un rapprochement des groupes djihadistes.

Al-Qaïda utiliserait en quelque sorte la « marque » ben Laden à des fins de propagande pour mieux faire passer son message.

Le scénario n'étonnerait pas outre mesure Henri Barkey, responsable du programme sur le Moyen-Orient au centre Woodrow Wilson, à Washington. Selon ce chercheur, Al-Qaïda « s'est fait prendre son mordant » par le groupe armé État islamique et n'est pas vraiment à la hauteur de ses « standards » passés en matière d'attaques terroristes, ce qui peut l'amener à explorer de nouvelles avenues de propagande pour rehausser son image.

Une lettre à Oussama ben Laden

Dans une lettre datée de juillet 2009 que les services du renseignement américains disent avoir saisie dans le complexe résidentiel pakistanais d'Abbottabad où se terrait Oussama ben Laden, Hamza ben Laden se plaint à son père de ne pas l'avoir vu depuis huit ans et compare la douleur ressentie lors de leur séparation au fait de se « faire arracher le foie ». Dans ce document, dont l'authenticité ne peut être vérifiée, il dit être engagé sur la « voie du djihad » et se plaint de ne pouvoir rejoindre « les légions de moudjahidin qui se sont mises en marche ». Le jeune homme demande à son père d'intervenir pour qu'il soit libéré des barreaux qui le retiennent, apparemment en lien avec une détention en résidence surveillée en Iran. Dans une lettre subséquente datée d'avril 2011, son frère Khalid se félicite que Hamza ben Laden ait été « sauvé des prisons » chiites et lui donne la marche à suivre pour parvenir à le rejoindre au Pakistan en passant par les zones tribales du pays.


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