In The Media

Les blindés devraient aider à négocier le sort de Raïf Badawi

par Marie Vastel (avec Jean-Christophe Boucher)

Le Devoir
le 30 mars 2016

Nouvel argument d’Ottawa dans le dossier de la vente de véhicules blindés à l’Arabie saoudite : si le Canada n’est pas celui qui fournit ces appareils au régime saoudien, d’autres le feront de toute façon, plaide le ministre des Affaires étrangères, Stéphane Dion. Un argument « très, très faible », selon l’ancienne juge Louise Arbour. Bien qu’elle estime que le nouveau gouvernement libéral n’a eu d’autre choix que de composer avec un contrat déjà ratifié, elle espère à tout le moins qu’Ottawa s’en servira pour aider la cause du blogueur Raïf Badawi.

Invité à une conférence de l’Université d’Ottawa pour présenter sa philosophie des affaires étrangères, le nouveau ministre en a profité pour défendre à nouveau la décision de son gouvernement d’honorer ce contrat de 15 milliards de dollars conclu par le précédent gouvernement conservateur. L’annuler « pourrait entraîner des amendes salées », la perte de milliers d’emplois à l’usine ontarienne qui fabriquera les appareils et « nuire à la crédibilité » du Canada en tant que partenaire commercial, a réitéré M. Dion. Tout cela en vain, car « un équipement semblable serait presque certainement vendu à l’Arabie saoudite » par un autre pays, a-t-il ajouté. « Vu de Riyad, il importe peu que l’équipement vienne d’une usine de Lima, en Ohio, ou de Stirling Heights, au Michigan, plutôt que d’une usine de London, en Ontario », a plaidé le ministre.

Arme de négociation

Un raisonnement qui est loin d’avoir convaincu Louise Arbour, qui a été haute-commissaire des Nations Unies aux droits de l’Homme. « Si on se servait de ça comme argument, on pourrait excuser les pires comportements », a déploré cette ancienne juge à la Cour suprême, en tranchant que ce nouvel argument était « le plus faible » de ceux avancés par le ministre Dion.

Mme Arbour suggère maintenant qu’Ottawa se serve au moins de ce controversé contrat comme arme de négociation. « On pourrait espérer que le Canada puisse faire avancer le dossier de Raïf Badawi dans ses relations avec l’Arabie saoudite, a-t-elle suggéré à la suite du discours du ministre Dion. Ça ferait plaisir aux Canadiens de voir un pays cocontractant faire un geste qui ne coûterait pas beaucoup, mais qui aurait beaucoup d’impact dans l’opinion canadienne envers l’Arabie saoudite. »

Le bureau du ministre s’est contenté d’une réaction succincte à cette demande. « Nous souhaitons vivement la libération de M. Badawi et le ministre Dion va continuer de réclamer la clémence dans son cas », a réitéré son attachée de presse Chantal Gagnon, en rappelant les positions du gouvernement. « Le Canada surveille la situation des droits de la personne en Arabie saoudite et fait régulièrement part de ses préoccupations à ce sujet auprès des hauts représentants saoudiens. »

Mais reste que l’ancien ministre des Affaires étrangères Lloyd Axworthy persiste à dire que l’entente négociée par les conservateurs aurait dû être révisée par les libéraux de Justin Trudeau à leur arrivée au pouvoir. Certains pays songent à interdire l’exportation d’armes vers Riyad — un régime qui devient « très agressif », selon M. Axworthy. Les Pays-Bas ont voté une telle interdiction ce mois-ci. « J’espère que nous ferions partie de ces discussions », a avancé M. Axworthy, qui venait lui aussi d’entendre le discours du ministre.

Pas de place à la négociation

Le politologue Jean-Christophe Boucher note cependant que le contrat de vente de véhicules blindés au gouvernement saoudien avait donné lieu à une compétition féroce et qu’il serait « étonnant », selon lui, que l’entente conclue permette à Ottawa de retarder certaines étapes de livraison, par exemple, pour faire pression sur Riyad dans d’autres domaines, comme les droits de la personne. « Si quelqu’un pouvait influencer l’Arabie saoudite, sa feuille de route en matière de droits de la personne, les Américains l’auraient fait. Et les États-Unis sont incapables de la faire bouger sur plusieurs enjeux », a relaté M. Boucher, professeur adjoint à l’Université MacEwan en Alberta.

Qui plus est, outre les conséquences financières d’une résiliation de contrat, Ottawa verrait également « des problèmes diplomatiques » avec les pays du Golfe qui se rangeraient derrière la puissante Arabie saoudite dans un conflit entre les deux États, prévient M. Boucher. Le tout, alors que le Canada fait partie d’une coalition luttant contre le groupe armé État islamique dans la région. Les pays du Golfe s’étaient unis pour voter contre l’obtention par le Canada d’un siège au Conseil de sécurité de l’ONU, après qu’Ottawa eut refusé des droits d’atterrissage supplémentaires aux Émirats arabes unis. « Ce n’est pas juste 15 milliards de dollars [en contrat]. Ça devient en matière diplomatique un casse-tête important », a-t-il expliqué au Devoir.


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