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Le retour du F-35 force les partis à ajuster le tir

by Marie Vastel (feat. David Perry)

Le Devoir
September 22, 2015

Le grand retour du F-35 sur la scène fédérale a mené chacun des partis fédéraux à adapter sa propre position pour répondre à ses rivaux. Alors que les libéraux ont promis d’écarter l’appareil de Lockheed Martin, les conservateurs ont semblé se réconcilier avec le F-35 dont ils avaient pourtant essayé de se distancier. Quant aux néodémocrates, ils ont rejeté la position libérale qui était pourtant la leur en 2011.

Les libéraux ne veulent plus rien savoir des F-35 pour remplacer la flotte d’avions de chasse, annonçait Justin Trudeau dimanche.

« Le Parti libéral vit dans un monde imaginaire s’il croit qu’il peut se retirer du projet de développement du F-35 et ne pas perdre des contrats », a dénoncé Stephen Harper lundi, en semblant faire l’apologie du F-35 comme générateur d’emplois garantis. « C’est une des raisons pour lesquelles nous participons [au programme d’avions de combat interarmées]. »

Pourtant, son gouvernement avait martelé que rien n’était acquis pour Lockheed Martin, il y a deux ans, après que le vérificateur général eut révélé que le prix du F-35 et les risques de l’appareil avaient été grossièrement sous-estimés par le fédéral. Les troupes de M. Harper avaient confié le dossier à un secrétariat indépendant, qui étudie toujours la question. Mais le F-35 semblait de retour dans les bonnes grâces de M. Harper, lundi.

Thomas Mulcair, de son côté, a accusé Justin Trudeau de faire fausse route en excluant d’emblée Lockheed Martin d’un appel d’offres. « M. Harper et M. Trudeau font la même erreur : ils déterminent d’avance les résultats. » Le premier a décidé que le F-35 l’emporterait, le second qu’il serait écarté, a-t-il reproché.

Le NPD réclame depuis longue date un appel d’offres ouvert à tous — Lockheed Martin, Boeing, Dassault et EuroFighter. Mais Jack Layton promettait aussi en 2011, « plutôt que de se concentrer sur les avions de chasse F-35, [de] faire avancer les choses pour les navires de soutien interarmées de nos forces marines ». Un engagement semblable à celui de M. Trudeau, qui veut investir dans la marine les millions économisés en abandonnant les F-35. Une idée rejetée par M. Mulcair.

Les libéraux promettaient en 2011 de reprendre le processus d’acquisition des prochains avions de chasse. « Il y a plusieurs autres chasseurs à un moindre prix, qui ont fait leurs preuves, que nous pourrons retenir pour nous assurer que notre armée a les appareils dont elle a besoin », a fait valoir M. Trudeau lundi.

Pas de millions perdus

Un rapport indépendant a chiffré le coût des F-35 à 46 milliards pour une durée de vie d’une trentaine d’années. Leur achat pourrait rapporter des milliards en contrats pour l’industrie aérospatiale. « Le Parti libéral a des sièges à Montréal, M. Trudeau représente Montréal », a noté M. Harper en accusant les libéraux de s’apprêter à « pulvériser toute une industrie dans leur propre cour arrière ».

S’il fait partie du groupe de pays qui achèteront le F-35, le Canada aura le droit de soumissionner, sans garanties, sur des contrats d’une valeur estimée de 10,3 milliards de dollars. Des contrats de 587 millions de dollars ont déjà été octroyés pendant la phase de développement de l’appareil de dernière génération — contrats non révocables, note un expert sur la question.

David Perry, analyste principal à l’Institut canadien des affaires mondiales, convient que l’industrie aérospatiale perdrait des contrats potentiels. Mais d’autres occasions d’affaires seraient associées au choix d’un autre appareil, note-t-il. Sans consulter les chiffres confidentiels sur chacun des appareils en lice, que seul le gouvernement possède, impossible de dire quel chasseur rapporterait le plus à l’industrie aérospatiale du pays.

« Le gouvernement ne perdrait pas un sou, car il n’y a pas de pénalité à choisir de ne pas continuer sa participation », précise en outre M. Perry. Pas de risque donc d’écoper d’une facture de 500 millions comme en 1993, lorsque les libéraux ont annulé le contrat d’acquisition d’hélicoptères Sea King signé par les progressistes-conservateurs avant eux.

M. Perry souligne que peu importe la couleur du gouvernement élu en octobre, celui-ci devra faire des choix. Car la Défense va manquer d’argent (40 milliards au total sur 20 ans), et la marine pourrait en profiter selon lui.

M. Harper n’est pas du même avis. « Tous nos chantiers navals ont du travail par-dessus la tête », a-t-il répliqué à la proposition libérale. Mais le maire de Lévis, Gilles Lehouillier, ne s’est pas montré du même avis, arguant àLa Presse canadienne que la Davie est loin d’avoir obtenu sa part du gâteau.


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